Yelena Isinbayeva, la Tsarine

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Après onze mois sans compétition, la perchiste russe Yelena Isinbayeva est revenue à la compétition à l’occasion d’un meeting à Moscou en février dernier. Après avoir annoncé sa participation aux championnats d’Europe d’athlétisme en salle (1) à Paris au mois de mars prochain, elle a finalement dû y renoncer et différer son grand retour sur la scène internationale.

Le saut à la perche est resté pendant plusieurs décennies une pratique masculine. Longtemps cette épreuve a été considérée comme trop dangereuse et difficile pour les femmes. La fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a attendu 80 ans entre le reconnaissance officielle de la perche masculine (en 1912) et celle de son équivalent féminin (1992). A travers des athlètes telles que l’Australienne Emma George ou l’Américaine Stacy Dragila, le saut à la perche a connu un début de médiatisation à la fin des années 1990. Cette période, marquée par une progression très rapide du record du monde, était propice à l’éclosion d’une grande championne en la personne de Yelena Isinbayeva.

Yelena Isinbayeva est née à Volgograd (Russie) le 3 juin 1982. A l’âge de cinq ans, elle découvre la gymnastique et pratiquera ce sport jusqu’à l’adolescence. Mesurant 1m74 à l’âge de 15 ans, elle est jugée trop grande pour la gymnastique et décide alors de se tourner vers le saut à la perche. Rapidement, Yelena obtient de très bons résultats dans cette discipline et elle remporte les Jeux de la jeunesse en 1998 à Moscou, en franchissant 4 m 00. L’année suivante, elle s’impose à Santiago du Chili à l’occasion des Championnats du monde junior en établissant un nouveau record du monde junior (4 m 20). La jeune perchiste russe obtient sa qualification aux Jeux Olympique de Sydney 2000. Mais elle n’est pas encore en mesure de soutenir la comparaison avec les meilleures perchistes mondiales, elle est éliminée dès les qualifications. Avec un saut à 4 m 60, l’Américaine Stacy Dragila remporte le concours et devient la toute première championne olympique de saut à la perche. C’est en effet à l’occasion des Jeux de Sydney que pour la première fois l’épreuve de perche féminine est inscrite au programme des JO.


La perchiste aux 27 records du monde

L’échec des JO de Sydney n’empêche pas Yelena Isinbayeva de poursuivre sa progression. Elle continue à remporter des titres chez les juniors et parallèlement se rapproche des premières places chez les seniors, avec une première médaille d’argent obtenue en 2002 lors des Championnats d’Europe de Munich. La n°1 mondiale est à cette époque sa compatriote Svetlana Feofanova, et les deux femmes vont se disputer pendant les années suivantes la suprématie mondiale de la perche féminine. Isinbayeva décroche son premier record du monde en 2003 avec un saut à 4 m 82. L’année 2004 va marquer un tournant dans la lutte entre Isinbayeva et Feofanova. Alors que le record du monde n’avait progressé que d’un centimètre entre 2001 et 2003, celui-ci va être amélioré à neuf reprises en 2004 grâce aux deux perchistes russes. Isinbayeva sort victorieuse du duel l’opposant à sa compatriote en gagnant le fabuleux concours de saut à la perche des JO de 2004 à Athènes, avec un record du monde à 4 m 91 à la clé. Elle est désignée athlète IAAF de l’année 2004. Les années suivantes verront Yelena Isinbayeva dominer sans partage la perche féminine.

« Je pense que la limite pour les femmes se situe entre 5m15 et 5m20. »

Largement supérieure à toutes ses concurrentes, elle se fixe pour objectif d’être la première femme à passer la barre des 5 mètres. Un objectif qu’elle atteint à Londres en 2005. A nouveau élue athlète IAAF de l’année en 2005, celle que l’on surnomme la Tsarine le sera encore en 2008, année au cours de laquelle elle gagne la médaille d’or des JO de Pékin. Les spécialistes se demandent alors jusqu’où ira la championne. Interrogée à ce sujet, elle déclare estimer que « la limite pour les femmes se situe entre 5m15 et 5m20 ». Isinbayeva est une grande championne, c’est également une business woman. Aussi fait-elle évoluer le record mondial centimètre par centimètre, afin d’empocher à chaque fois les 35000 euros accompagnant chacun de ces records. Véritable star du sport, elle est sous contrat avec Toyota et avec l’équipementier chinois Li Ning. Par ailleurs, un organisateur de meeting qui souhaite s’assurer de sa présence doit débourser la somme de 50000 euros.


Apprendre à perdre et revenir

Début 2009, son palmarès affiche désormais deux titres olympiques (2004 et 2008), deux titres mondiaux (2005 et 2007), un titre européen (2006) et pas moins de 26 records du monde (16 en extérieur, 10 en salle). Isinbayeva arrive aux Championnats du Monde de Berlin 2009 avec le statut de grande favorite, comme lors de chacune des compétitions à laquelle elle a pris part depuis 2004. Mais ce jour là, la Tsarine pêche probablement par excès de confiance. Elle choisit de débuter son concours avec une barre à 4 m 75 et échoue à trois reprises. Elle est donc prématurément éliminée, termine dernière de l’épreuve et vit sa première grande désillusion. Elle rebondit dix jours plus tard de la plus belle des manières en battant le record du monde (son 27ème) à Zurich, effaçant une barre à 5 m 06. Mais son échec aux mondiaux de Berlin a laissé des traces, et c’est une Isinbayeva en manque de confiance qui se rend l’hiver suivant aux Championnats du Monde en salle de Doha. Nouvel échec, la Tsarine échoue au pied du podium. Touchée moralement, le moment est venu pour elle de prendre du recul et du repos. Par ailleurs la perchiste se dit à ce moment qu’elle est peut-être passée à côté de sa vie de femme. Elle annonce en avril 2010 qu’elle fait une croix sur les compétitions à venir.

« Je pensais rater quelque chose de la vie normale d’une femme
mais je me suis finalement aperçue que ma vie d’athlète
est bien plus colorée et intéressante »

L’absence d’Isinbayeva a profité à celle que son succès a éclipsé pendant de nombreuses années, Svetlana Feofanova. Cette dernière gagne les Championnats d’Europe en 2010. Entraînée depuis 2005 par Vitaliy Petrov, ancien coach de Sergueï Bubka, la Tsarine s’est installée à Monaco pour préparer son retour. Après onze mois sans compétition elle est de retour et souhaite désormais poursuivre sa carrière jusqu’en 2013, année où les Championnats du Monde se dérouleront chez elle, à Moscou. Autre objectif avoué : faire progresser le record du monde une nouvelle fois avant de prendre sa retraite sportive.

« Je me sens comme une nouvelle personne et je dois me prouver que je peux repartir de zéro, que je peux être la meilleure.
Je suis vraiment affamée de reprendre la compétition »

Yelena Isinbayeva semble sur la bonne voie pour reprendre son trône. Début février, elle a renoué avec la compétition lors d’un meeting à Moscou. Elle a remporté le concours avec un saut à 4 m 81 et s’est déclarée « très heureuse d’être de retour » (2). Meilleure perchiste de l’histoire et actuelle détentrice du record du monde en plein air et en salle, celle qui est devenue l’équivalent féminin de Sergueï Bubka avait à coeur de briller lors des Championnats d’Europe d’athlétisme du mois de mars prochain à Paris. Malheureusement pour le public français, elle a récemment dû déclarer forfait en raison d’une infection virale (3).

 

(1) Isinbayeva sera aux Championnats d’Europe à Paris, La Provence, 03/02/2010

(2) Yelena Isinbayeva revient à la compétition à Moscou, Reuters, 06/02/2010

(3) Isinbayeva forfait, Sport 365, 24/02/2010

Retrouvez un reportage sur Yelena Isinbayeva à l’entraînement et la vidéo de son dernier record du monde en date (5 m 06 à Zurich en 2009), rendez-vous sur la chaîne Youtube de Portraits de Sportifs.

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